
Nan mais moi, je, moi, est-ce que je viens te faire chier comme tu le fais ? Avec ces conneries de réalisations personnelles ? Hein, hein ? Moi, je m’amuse avec moi-même. Moi, je pense pas sans cesse à ce que je vais raconter aux autres. Moi, je ne me demande pas dans chaque expérience que je vis quelle substance de vécu je vais pouvoir en extraire ; afin que cette substantielle argile façonne encore un peu plus l’être en devenir que je ne suis pas. Ca, c’est parce qu’on m’a mal expliqué tu penses ? Tu penses qu’il me manque une case ? Oui, c’est possible ; mais moi, je m’en fous.
T’as remarqué aussi, comme mon discours est incohérent ? T’as remarqué aussi, comme je suis conne ? C’est bien mon petit, mon enfant, mon gniard geignard et moche, atroce et fourbe, con et susceptible. C’est le signe qu’un jour peut-être, tu vas réussir à t’en sortir, de toute cette connerie misérabilisante et profondément -je perds mes mots !- conne. Une lueur, un sursaut, mais immédiatement va, l’abat-jour du devenir-adulte va te tomber sur les épaules. Tu sais ce que tu devrais faire ? Le plus simple, c’est d’accepter. Si t’essaies de changer quoique ce soit, ou de sortir de la norme (et même de sortir de la sortie de norme), t’as que deux options pas grandioses qui se présentent : la solitude ou l’échec. Dans échec évidemment, il y a de nombreuses perspectives plus ou moins alléchantes. C’est selon.
Néanmoins, et God knows I love this mot de liaison ; néanmoins je dis donc, accepte. Tu te trouves ta niche, ton horizon caché, ton souterrain découvert, et t’y fonces. Une fois ancré là-bas, tu seras tranquille. Tu pourras continuer à te faire postillonner dessus par tous ces crétins tandis que sagement tu psychologiquement crachera sur la majorité d’entre eux. Les autres, c’est parce que tu ne les connais pas. Et puis bon, le fait d’avoir cette niche, c’est aussi un avantage : tes connaissances resteront autour de toi. Pas que sans ça (ce serait à se foutre une balle dans la tête) elles te lâcheraient ; non : pour certaines ce serait inéluctablement le cas mais surtout, tu ne serais plus jamais matériellement où que ce soit et alors tu ne pourrais plus être fréquenté; c’est-à-dire que tu débarquerais chez l’un ou chez l’autre, à une heure ou à une autre. Tu vois le problème.
Alors ne pleure pas sur ton sort petite conne là, toi, tu ne comprends pas ce que je dis. Toi, peut-être que tu piges, mais tu vois pas le problème ; en fait voilà le problème, j’en ai pire que ras-le-cul de me demander si les gens voient le problème. Quand ils ne le voient pas, bon, okay. On parle musique mec, c’est cool. Nan, sans rire, j’aime bien parler musique. Sauf que toi, tu aimes parler musique, et par contre, te tirer dans les montagnes rien foutre pendant deux semaines que jouir du rien et écrire du rien et écouter de la musique pour rien ou pour danser seul ; ça te branche moyen. Non non j’ai dit, aucun contact avec la civilisation. Tes courses ? Déjà faites. Allez allez, calme-toi, je dis ça pour te faire peur.
Et puis un jour, tout à coup, le hiboux s’apercevra qu’il fait jour. Parce qu’avant, il n’avait pas vu le jour. C’est comme ça ; il est né la nuit, il a volé la nuit, il a été fatigué au petit matin, puis poum, il dormait et se re-réveillait la nuit. Poum. Un jour qu’il avait le sommeil léger, un putain de pigeon de merde est venu crever au pied de son arbre, et fidèle à sa nature, le pigeon a fait chier jusqu’au bout le modeste monde qui l’abrite, et a réveillé le hiboux. Bouh le hiboux, un peu ébloui au début il s’est habitué à la nouvelle luminosité, et le voilà qui redécouvre ses ailes (oui oui, il peut aussi voler le jour). Il se rend compte par là même qu’il est bien plus aisé de chasser le rongeur par cette luminosité.
Ce sont les coton-tiges mes chers, les coton-tiges je vous le dis et redis, qui nous collent cette migraine de tous les diables. Sans rire, bercez un bouquet de lavande, ou de lilas, et vous irez mieux. Je pense que la chaise ne favorise aucune posture particulière si ce n’est l’inconfortable assise ; oui oui, je suis au courant du progrès, mais. Un pouf deux poufs trois poufs. Il n’y a absolument aucune dérisoire autorité en ce lieu ; c’est fascinant. Savez-vous qu’un jour, les thuyas vous laisseront mourir sans plus jamais s’abreuver de la liqueur d’ortie ; et qu’en ce jour funeste et d’un sombre présage -il n’en est de plus obscur par ces absconses contrées- la flûte tiraillée entre domesticité et intelligence, s’enfuira par le battant de la chatière ; lequel, battant de son état, la battra et sa mort s’ensuivra (de la flûte). Il n’est pas bon aujourd’hui de porter un vêtement de paille. Bannissez le fétu !






